Le rêve du Maroc à faire partie de la famille européenne

par Rafiek Madani pour ENAB

Relations entre le Maroc et l'Union européenne — Wikipédia

Le Maroc a posé sa candidature à l’adhésion à l’UE le 20 juillet 1987. Dès lors, le pays ambitionne d’appartenir à la famille européenne. Malheureusement pour le Maroc, la demande a été refusée dans les 24 heures. Mais pourquoi le pays a-t-il voulu devenir membre au départ et pourquoi l’adhésion a-t-elle été refusée ?

Dès la décolonisation, les relations entre le Maghreb et la Communauté économique européenne n’ont cessé de faire l’objet de controverses et de soulever d’épineux problèmes. Deux séries d’accords ont successivement marqué l’évolution de ces relations en 1969 et 1976.

L’élargissement de la Communauté à l’Espagne et au Portugal au 1er janvier 1986 devait porter à nouveau cette question au premier plan de l’actualité et susciter une initiative surprenante. Dans un interview au Monde, le la novembre 1984, le roi du Maroc faisait connaître aux Français qu’il avait déposé à l’occasion du sommet européen de Fontainebleau une demande d’adhésion de son pays à la Communauté économique européenne.

Karel Van Miert décédé à la suite d'une chute d'une échelle
Karel Van Miert – Image RTBF

Un mois plus tard M. Karel van Miert posait au Parlement européen une question écrite (10 décembre nr. 1404/84) à la Commission des Communautés européennes :  » Des communiqués de presse rapportent que le Maroc a officiellement déposé sa candidature d’adhésion à la Communauté européenne et que les Chefs d’États et de Gouvernements ont examiné cette candidature lors du Conseil européen de Fontainebleau, aux termes de l’article 237 du traité CEE, « tout État européen peut
demander à devenir membre de la Communauté », »

Il y a 20 ans, le roi Hassan II nous quittait, ses meilleures ...
Roi Hassan II – Image bladi.net

Raison de la demande

En 1986, les pays du sud de l’Europe, l’Espagne et le Portugal, sont devenus membres de la Communauté européenne, le précurseur de l’Union européenne. À cette époque, le Maroc était engagé dans des pourparlers sur la coopération économique. Cette coopération est extrêmement importante pour le pays, car l’Europe est le plus grand partenaire commercial du Maroc.

Dans les années 1980, le Maroc a exporté beaucoup de produits agricoles vers l’UE. Avec l’arrivée de l’Espagne et du Portugal, qui exportent également beaucoup de produits agricoles, la position du Maroc est menacée. Afin de renforcer les pourparlers et de consolider sa propre position de négociation, le Maroc a donc demandé son adhésion à l’Union européenne.

Le critère géographique

Pour devenir membre de l’Union européenne, un pays doit être un État européen. Le ministre marocain des affaires étrangères a donc été informé que le pays situé en Afrique n’est pas éligible à l’adhésion car, selon les traités fondateurs de l’UE, seuls les États européens peuvent devenir membres.

Cependant, Chypre est une île asiatique et pourtant membre de l’Union européenne. Il en va de même pour un certain nombre d’îles espagnoles, françaises et portugaises situées en Afrique. La question est donc de savoir dans quelle mesure il est difficile d’être un pays européen. À l’époque, cette exigence s’est avérée fatale pour la candidature du Maroc.

En 1999, la Turquie est devenue un pays candidat et ce pays n’est lui aussi qu’une petite partie de l’Europe. Ce mouvement a ravivé les espoirs marocains d’adhésion à l’UE. Un porte-parole du roi a déclaré : « après l’acceptation de la candidature turque, l’adhésion du Maroc à l’UE n’est plus un tabou. Mais il n’y a pas eu de demande officielle à l’époque.

Peu prometteur

Argentine Chypre et le reste - Le blog de SJDP

Une telle demande aurait probablement été improbable. De tous les exemples, seule Chypre est complètement hors d’Europe. La question est de savoir ce qu’est l’Europe et où elle s’arrête. Pourtant, nulle part ailleurs la frontière du continent n’est aussi clairement délimitée qu’entre l’Europe et l’Afrique. La Méditerranée est la frontière la plus méridionale de l’Union européenne. En fin de compte, le Maroc ne peut en aucun cas satisfaire au critère géographique. Cela exclut également l’adhésion à l’UE.

Même si le Maroc répondait au critère géographique, l’adhésion à l’Union européenne semble très improbable, tant en 1987 qu’aujourd’hui. Le pays ne serait pas assez européen. De plus, dans les années 1980, le pays n’avait (presque) pas de démocratie et les droits de l’homme n’étaient pas respectés. Le rêve de devenir membre de l’UE restera donc toujours un rêve.

Relation actuelle

Malgré le refus d’adhésion du Maroc, un accord d’association est entré en vigueur en 2000. C’est la base des relations entre l’Union européenne et le Maroc. Dans l’intervalle, le Maroc est devenu un partenaire étroit de l’UE dans le domaine de la coopération politique et économique. Avec une « adhésion-soft », le Maroc a obtenu une position privilégiée en 2008. Ce statut est le plus élevé qui puisse être obtenu pour un pays tiers.

Malgré les efforts déployés pour devenir membre à part entière de l’Union européenne, la situation actuelle est la station finale probable. Néanmoins, le Maroc continuera à faire tous les efforts possibles pour se rapprocher de la famille européenne. Néanmoins, l’adhésion à part entière à l’Union européenne semble être un rêve qui ne se réalisera pas. Le temps de ce lundi de 1987 prédisait l’avenir à cet égard.

Comments are closed, but trackbacks and pingbacks are open.