person dropping paper on box

La transition démocratique du Niger est une bonne nouvelle, mais la menace d’insurrection reste élevée

Rafiek Madani pour ENAB

Image : Wikipédia – Carte et drapeau

Malgré le double problème – pauvreté et insécurité – auquel le Niger a été confronté au cours des dernières décennies, le président Mahamadou Issoufou a mené à bien son mandat de deux ans. En décembre 2020, le pays a organisé la première élection visant à transférer le pouvoir d’un régime civil à un autre depuis l’indépendance de la France en 1960.

Image Wikipédia : Président Mahamadou Issoufou

L’élection du 27 décembre n’a pas été concluante car aucun candidat n’a obtenu les 50 % de votes prévus par la Constitution pour devenir président. Un second tour est maintenant prévu pour le 21 février.

Lorsque le président Issoufou a pris le pouvoir en 2011 (un an après le coup d’État qui a conduit à la destitution de Mamadou Tandja), le pays était accablé par une pauvreté et une insécurité généralisée. Les groupes ethniques touaregs ont continué à s’agiter, en raison de la marginalisation et de l’oppression qu’ils ressentaient. La première mesure prise par Issoufou pour stabiliser le pays a été de nommer Brigi Rafini, un leader touareg d’Agadez, au poste de Premier ministre.

Pour la petite histoire: Les Touareg (nom arabe) ou Kel Tamashaq (le berbère Tamayaq, le nom de la langue des Touareg) sont des résidents du Sahara central. Ils vivent en Algérie, au Burkina Faso, en Libye, au Mali, au Tchad et au Niger. Il y en a environ 1,5 million.

Image Vikidia zone où les Touaregs sont

De nombreux chefs rebelles ont été apaisés par des positions politiques, un geste qui a contribué à stabiliser le pays et à réduire les appels à la sécession. La décision d’Issoufou de ne pas briguer un troisième mandat, mais d’organiser des élections libres et équitables, a également donné un coup de fouet à la démocratie du pays.

L’augmentation du nombre de présidents africains en exercice qui prolongent ou ignorent la durée de leur mandat a été décrite comme un recul de la démocratie.

En plus d’avoir atteint une relative stabilité politique et d’avoir enraciné la démocratie, le Niger a vu son PIB augmenter pendant le mandat d’Issoufou. Le PIB est passé de 8,7 à 12,9 milliards de dollars entre 2011 et 2019, et de 6,3 % en 2019. Ce résultat a été obtenu grâce aux investissements dans l’agriculture, qui représente environ 40 % du PIB, ainsi qu’à la prévention des conflits internes.

L’un des principaux problèmes du Niger est le trafic (d’armes, d’êtres humains et de drogues). Bien que cela constitue toujours une menace, le Niger a bénéficié financièrement de l’Union européenne dans sa quête pour réduire le trafic. Elle a accordé plus de 840 millions de dollars depuis 2011 pour aider à freiner le flux de migrants d’Afrique vers l’Europe via le Sahara. Cela a aidé le pays à lutter contre la traite en améliorant les infrastructures de sécurité.

Une nation enclavée entourée de pays problématiques

Mais malgré les efforts du gouvernement nigérien pour atteindre la stabilité politique, la croissance économique et la sécurité, les conflits dans les pays voisins ont entravé le développement. Des groupes wahhabites-khawaridj opèrent dans six des sept pays qui entourent le Niger (Algérie, Libye, Tchad, Nigeria, Burkina Faso et Mali). Le Bénin est l’exception.

Al-Qaïda au pays du Maghreb « islamique » – qui s’est formé après la guerre civile algérienne à la fin des années 1990 – opère le long de la frontière nord du Niger avec l’Algérie. La guerre en Libye a également polarisé certaines parties de la frontière nord-est du pays où l’État islamique opère. Boko Haram, formé au Nigeria, opère le long de la frontière sud-est du Niger, entre le Tchad et le Nigeria. Le groupe a revendiqué le massacre de 28 civils dans la ville de Toumour en décembre 2020.

Depuis 2018, les régions occidentales du pays ont également été le théâtre d’attaques sporadiques orchestrées par l’État islamique dans le Grand Sahara. Ce groupe est une filiale de l’État islamique qui a été formé au Mali mais qui opère au Burkina Faso et le long de la frontière avec le Niger. Au moment de la publication des résultats de l’élection présidentielle, les terroristes ont attaqué deux villages, tuant plus de 100 personnes.

Source: acleddata.com visité le 17/01/2021

Les données du projet « Armed Conflict Location and Event Data » révèlent que les activités des insurgés ont augmenté au Niger ces dernières années. Un total de 167 événements liés au conflit ayant fait 506 morts a été enregistré en 2018. Le nombre d’événements liés au conflit est passé à 476, faisant 1046 morts en 2020. La plupart des événements se sont produits aux frontières du pays. Ces données révèlent l’impact de l’insécurité sur la stabilité du Niger.

Les élections et les défis à venir

Bien que 30 candidats se soient présentés aux élections présidentielles, on pense qu’il y a deux têtes de série. Mohamed Bazoum, l’ancien chef des ministères de l’intérieur et des affaires étrangères du Niger, en est un. L’autre est Mahamane Ousmane, le quatrième président du Niger, qui a exercé ses fonctions entre 1993 et 1996 avant d’être démis de ses fonctions par un coup d’État militaire. Aucun candidat n’ayant pu recueillir 50% des voix au premier tour des élections (Bazoum a obtenu 39,33% et Ousmane 17%), le second tour est prévu pour février 2021.

Les 30 candidats sont :

Les 30 cadidats sont: Mohamed Bazoum, Salou Djibo, Seini Oumarou, Mahamane Ousmane, Ibrahim Yacouba, Albadé Abouba, Abdallah Souleymane, Abdoul Kadri Oumarou Alfa, Amadou Boubacar Cissé, Amadou Issoufou Saïdou, Amadou Ousmane, Djibril Baré Maïnassara, Hamidou Mamadou Abdou, Hassane Barazé Moussa, Ibrahim Gado, Idi Ango Ousmane, Idrissa Issoufou, Intinicar Alhassane, Ismael Oumarou Idé, Kané Kadaouré Habibou, Mahaman Hamissou Moumouni, Mamadou Doulla Talata, Mounkaila Issa, Moustapha Mamadou Moustapha, Nayoussa Nassirou, Omar Hamidou Tchiana, Oumarou Abdourahamane, Oumarou Malam Alma, Sagbo Adolphe, Souleymane Garba.

Les trois principaux enjeux qui ont dominé les campagnes présidentielles sont l’insécurité, la pauvreté et la corruption. Malgré les progrès enregistrés par le président sortant au cours des neuf dernières années, la Banque mondiale affirme que la pauvreté reste élevée : 41,4 % de la population vivait dans l’extrême pauvreté en 2019.

Comme le second tour des élections se déroulera entre deux figures populaires du pays, on s’attend à des calculs politiques intenses.

L’une des questions clés qui sera probablement au centre des préparatifs du second tour est la capacité des candidats à maintenir l’équilibre du pouvoir. Cela a été essentiel pour maintenir le Niger relativement stable depuis 2011.

Source: Transparency.org – indice de perception de la corruption.

Si la perspective d’une transition démocratique pacifique au Niger est la bienvenue dans le pays et dans toute la région, le vainqueur final devra faire face à une tâche difficile pour surmonter le double problème de l’insécurité et de la pauvreté.