La lutte contre Covid et la perte de la créativité locale

Rafiek Madani pour ENAB

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Les gouvernements nationaux et les organisations supranationales comme l’OMS continuent de réclamer davantage de pouvoirs pour éviter la prochaine grande crise. Mais ils ne peuvent pas assurer la sécurité face à des catastrophes imprévisibles comme Covid-19. Les véritables solutions viendront plutôt des organismes locaux, à condition qu’ils restent adaptables et préparés.

Alors que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) tient son assemblée annuelle cette semaine, elle fera valoir qu’elle a besoin d’un rôle plus important et de plus de pouvoir pour lutter contre les futures crises sanitaires. Plus que tout, l’organisation veut plus d’argent.

Comme les catastrophes naturelles, les épidémies ont tendance à surprendre. Elles sont par nature imprévisibles. La sécurité face à elles est une illusion.

Alors que la pandémie de Covid-19 faisait rage, l’OMS a voulu prendre la tête de la lutte contre la maladie. Mais ce n’était pas son rôle, et elle n’était pas équipée pour l’assumer. Le travail de l’organisation consiste plutôt à offrir un soutien en termes de partage des connaissances et de l’expérience – et non à définir une politique.

Dans la phase initiale, alors qu’elle aurait pu faire le plus, les Chinois ont rendu difficile la conduite d’enquêtes sur place par l’organisation. Pourtant, même si Pékin a dressé ces obstacles, l’organisation a salué le succès de la Chine dans l’endiguement de la maladie – probablement pour des raisons d’opportunité politique – et a ignoré les mesures oppressives qu’elle a prises pour y parvenir. Le parti pris de l’OMS en faveur de la Chine a encore été démontré lorsqu’elle a rejeté la demande de Taïwan d’assister à l’assemblée de cette semaine en tant qu’observateur. Il s’avère que la politique est plus importante que la lutte contre la pandémie.

Bureaucratique et disproportionné

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Face à la pandémie, les pays ont généralement paniqué et mis en œuvre des réponses disproportionnées. La bureaucratie a rendu difficile la recherche de solutions rapides. Les politiciens ont restreint les libertés civiles et de nombreux gouvernements ont adopté des lois d’urgence qui donnaient à l’exécutif une marge de manœuvre considérable pour limiter les libertés fondamentales. Tout cela n’a eu qu’une faible incidence sur la pandémie.

Une bureaucratie et des réglementations abondantes entravent la créativité et empêchent la prise de décision rapide. Ils diminuent également la responsabilité personnelle. Bien que la pandémie soit mondiale, les situations varient selon les pays, les régions et les villes. Outre des politiques globales, la situation exige des solutions locales. La centralisation a nécessairement augmenté la bureaucratie, ralentissant le processus de lutte contre la maladie.

Un autre problème est que des années de prospérité et un système de protection sociale surdimensionné ont émoussé la notion d’auto-responsabilité. En Europe, où le socialisme s’est renforcé, les gens ont laissé l’État assumer de plus en plus de fonctions, échangeant la liberté contre une illusion de sécurité. Pourtant, dans les moments de danger, la responsabilité individuelle est cruciale.

Les gens attendent des politiciens qu’ils apportent des solutions. Les politiciens, à leur tour, ont docilement externalisé cette responsabilité à des groupes scientifiques sélectionnés. Un débat scientifique ouvert a été bridé au profit d’une opinion dominante.

Il semble qu’au cours de ces années de prospérité, les sociétés – surtout les plus riches – aient perdu la capacité de réagir aux menaces. L’historien écossais Niall Ferguson a fait une observation importante : trois petits pays très développés, confrontés à un péril intense, ont bien mieux géré la situation que les autres : Israël, Taïwan et la Corée du Sud. Tous trois doivent être constamment en alerte. Israël doit faire face au terrorisme et aux menaces de nations hostiles comme l’Iran. Taïwan est menacée par la Chine. La Corée du Sud fait face à un régime imprévisible, brutal et agressif en Corée du Nord.

Gardez les choses au niveau local 

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En Europe, les pays dont les structures et les systèmes de santé sont plus décentralisés, comme la Suisse, l’Allemagne et l’Autriche, ont connu moins de problèmes, surtout lors de la première vague. Des pays comme la France, l’Italie et l’Espagne, dont les systèmes de santé sont centralisés et fortement influencés par les pouvoirs publics, ont connu des résultats moins bons.

La plupart des pays, notamment l’Allemagne, souhaitaient une solution européenne en matière de vaccination. Ils ignoraient que l’approvisionnement n’a jamais été le rôle de Bruxelles. Le plan a quand même été mis en œuvre, et le résultat de ce mouvement de centralisation est désormais bien connu : chaos et désastre. Pourtant, il serait erroné de faire porter la plus grande part de responsabilité à l’Union européenne. On peut seulement lui reprocher de ne pas avoir refusé d’assumer cette responsabilité. La part du lion de la faute revient aux gouvernements nationaux, en particulier aux grands pays, qui ont poussé Bruxelles dans cette position.

La pandémie est la preuve éclatante que si les organisations internationales peuvent fournir des informations et des conseils, la lutte contre les crises doit être laissée aux administrations locales. Le plus important, cependant, est que les gens acceptent que des catastrophes puissent se produire de manière inattendue à tout moment, et qu’ils s’efforcent de faire en sorte que les plans d’urgence locaux soient suffisamment souples pour s’adapter à ce qui peut arriver.