Pourquoi une superpuissance militaire a-t-elle échoué en Afghanistan ?

Rafiek Madani pour ENAB

  1. La construction de la nation n’est pas une stratégie militaire.
  2. L’utilisation abusive de la puissance militaire dans la lutte contre le terrorisme.
  3. Les conclusions de l’Afghanistan
  4. Site Web à l’honneur
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La rapidité et l’efficacité avec lesquelles les forces talibanes ont pu achever l’occupation de la majeure partie de l’Afghanistan, ainsi que l’effondrement rapide du gouvernement afghan, ont suscité des critiques sur la décision du président Joe Biden de mettre fin à la présence militaire américaine en Afghanistan et sur la logistique du retrait.

Mais ces critiques, bien que valables, sont peut-être hors sujet. J’ai étudié des conflits comme celui de l’Afghanistan pendant plus de 20 ans. Mon expérience m’a appris qu’il existe des problèmes plus fondamentaux dans la stratégie des États-Unis dans cette guerre de 20 ans, dont le chaos actuel n’est que la dernière manifestation. Ils découlent d’une approche dans laquelle les saisies militaires de territoires sont destinées à combattre les mouvements et idéologies extrémistes internationaux, en Afghanistan et ailleurs.

La construction de la nation n’est pas une stratégie militaire

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L’intervention militaire américaine en Afghanistan, et en Irak, était initialement justifiée par la nécessité de démanteler des menaces immédiates et graves pour la sécurité nationale : Al-Qaida et la crainte des armes de destruction massive (…).

Toutefois, ces objectifs à court terme ont rapidement été remplacés par un objectif à plus long terme consistant à prévenir les menaces futures en provenance de ces pays, comme de nouveaux groupes extrémistes. Cela a conduit les États-Unis, avec d’autres nations, à occuper les deux pays et à tenter d’assurer la stabilité et la sécurité afin que les habitants de ces pays puissent mettre en place leurs propres gouvernements.

Il peut être séduisant de penser que la promotion de la démocratie dans les pays étrangers occupés est une voie moralement justifiée et efficace pour rétablir la sécurité et la stabilité. Mais la réforme politique est plus efficace lorsqu’elle émane des sociétés et des cultures politiques locales. En Tunisie, par exemple, les mouvements politiques locaux ont réussi à transformer leur gouvernement, un succès dû en partie à l’absence d’implication étrangère.

En Afghanistan, des groupes internationaux comme l’ONU, ainsi que des organisations à but non lucratif et des agences d’aide indépendantes, ont dépensé des millions de dollars et des heures de travail incalculables pour tenter d’instaurer la démocratie, de rédiger une constitution, d’élaborer une déclaration des droits et de créer une nouvelle société politique.

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Mais cette approche externe, fondée sur l’occupation militaire, était « vouée à l’échec« , selon les évaluations officielles publiées en 2009 par le Center for Complex Operations de la National Defense University de l’armée américaine. Cette évaluation a déclaré que « la construction de la nation en Irak et en Afghanistan a été une débâcle » et a recommandé que l’armée reprenne son objectif historique de préparation à la guerre.

Les organisations militaires ne sont pas équipées ou formées pour s’engager efficacement dans des missions centrées sur les civils, telles que la promotion de l’identité nationale, la formation d’institutions politiques ou l’instauration de pratiques démocratiques de responsabilité. La promotion de la stabilité est différente de la promotion de la démocratie, et la stabilité peut en fait être présente même sous des gouvernements très peu démocratiques.

L’histoire des interventions militaires dans des endroits tels que la Cisjordanie et Gaza, le Liban, la Somalie et l’Irak montre que lorsque les dirigeants locaux dépendent des forces militaires étrangères pour se maintenir au pouvoir, il est difficile de construire une légitimité populaire, de gouverner efficacement et de construire une identité nationale partagée.

L’utilisation abusive de la puissance militaire dans la lutte contre le terrorisme

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Les forces militaires qui travaillent sur le terrain ne sont pas douées pour la construction de nations ou la promotion de la démocratie. Elles ne sont pas non plus douées pour la guerre de l’information, c’est-à-dire pour combattre efficacement sur le champ de bataille des idées.

Le terrorisme, dans son essence, est une forme de violence symbolique mais mortelle utilisée pour communiquer un message politique. Le conflit ne porte pas seulement sur la question de savoir qui contrôle tel ou tel morceau de terre, mais plutôt sur celle de savoir quel est le récit le plus influent.

En Afghanistan, des décennies de supériorité militaire occidentale n’ont pas réussi à déraciner le récit idéologique des talibans concernant la nature corrompue des dirigeants afghans et de leurs alliés et leur trahison des traditions et pratiques islamiques. Cette supériorité n’a pas non plus permis de renforcer une identité nationale unifiée susceptible d’éroder au moins partiellement les attachements tribaux, exploités avec tant de succès par les talibans.

Et même lorsque leurs forces ont été chassées de territoires ciblés, le groupe Daesh et Al-Qaïda ont développé de nouvelles bases et de nouveaux bastions loin des combats. Ils ne l’ont pas fait exclusivement par la force militaire, mais aussi par la puissance de leurs idées et en proposant un récit idéologique alternatif séduisant.

Conclusions de l’Afghanistan

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Après 20 ans, la présence américaine en Afghanistan n’a pas réussi à établir une structure politique cohérente et durable bénéficiant d’une légitimité populaire. Sur la base de cette expérience, et de celle d’autres pays dans d’autres circonstances, il n’y a aucune raison de penser qu’une présence continue des troupes changerait la situation.

Les mouvements politiques locaux qui recherchent la démocratie et les libertés civiles – en Afghanistan ou ailleurs – peuvent bénéficier du soutien des États-Unis, mais pas de la force militaire. Forcer les sociétés à adopter des pratiques démocratiques peut conduire à l’instabilité politique, à des conflits et à un déclin de la sécurité des citoyens.

À mon avis, la conclusion claire de toutes les preuves est que l’intervention militaire doit être axée sur des objectifs militaires et ne doit pas dévier vers l’ingénierie politique ou sociale.

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