L’Ouganda a une histoire remarquable en matière d’accueil des réfugiés, mais ses efforts sont sous-financés.

Rafiek Madani pour ENAB

  1. Quand l’Ouganda a-t-il commencé à accueillir des réfugiés?
  2. Le pays est-il plus progressiste envers les réfugiés que ses voisins?
  3. L’Ouganda gère-t-il efficacement sa communauté de réfugiés?
  4. Est-il possible que l’Ouganda continue à jouer son rôle de principal pays d’accueil des réfugiés?
  5. Article à l’honneur

L’Ouganda a accepté la demande des États-Unis d’accueillir temporairement 2 000 réfugiés afghans pendant que Washington traite leurs demandes de résidence aux États-Unis. Cette décision souligne la réputation de l’Ouganda d’être progressiste sur la question des réfugiés.

Source: HCR – Personnes relevant de la compétence du HCR – 2011

Quand l’Ouganda a-t-il commencé à accueillir des réfugiés ?

Image Pixabay – geralt

L’Ouganda a une longue histoire d’accueil de réfugiés. Cela a commencé au début des années 1940 avec les réfugiés polonais qui ont fui l’Europe occupée par les nazis. Le camp de réfugiés de Nakivale – créé en 1959 – dans le sud-ouest de l’Ouganda est le plus ancien camp de réfugiés d’Afrique.

L’Ouganda accueille également un grand nombre de réfugiés. Au milieu des années 1950, près de 80 000 réfugiés soudanais, fuyant la première guerre civile, ont trouvé refuge dans le pays. Ils n’étaient que la première des nombreuses vagues de réfugiés arrivant de différents pays voisins. Depuis lors, l’Ouganda a accueilli un nombre important de réfugiés.

Aujourd’hui, près de 1,5 million de réfugiés vivent en Ouganda, ce qui en fait le premier pays d’accueil de réfugiés en Afrique et l’un des cinq premiers pays d’accueil au monde.

La politique de la « porte ouverte » menée de longue date par l’Ouganda lui a été bénéfique tant sur le plan politique que financier, puisque des centaines de millions de fonds de donateurs sont alloués chaque année à des projets humanitaires et de développement. Ces projets ciblent à la fois les réfugiés et la population locale. Alors que le Kenya, par exemple, a reçu 200 millions d’euros d’aide humanitaire de l’Union européenne depuis 2012, l’Ouganda a reçu autant de l’UE en un peu plus de quatre ans.

Le pays est-il plus progressiste envers les réfugiés que ses voisins ?

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Les politiques de l’Ouganda à l’égard des réfugiés ont été saluées comme progressistes. Le pays a même été qualifié de « meilleur endroit au monde pour les réfugiés ». Les réfugiés ont le droit de travailler et de circuler librement, grâce à la loi ougandaise sur les réfugiés de 2006 et au règlement sur les réfugiés de 2010, qui constituent un cadre juridique et réglementaire solide pour les droits des réfugiés.

Les réfugiés ont droit aux mêmes services sociaux que les Ougandais, notamment aux soins de santé et à l’enseignement primaire gratuit. Ils ne sont pas confinés dans des camps mais peuvent également vivre dans des zones urbaines. Le pays a donc reçu beaucoup d’attention positive pour avoir « encouragé » l’autonomie des réfugiés. Cependant, malgré des droits sur le papier en Ouganda, les réfugiés doivent encore lutter.

Ils ne sont pas légalement reconnus comme réfugiés s’ils vivent dans des villes autres que la capitale, Kampala. En tant que réfugiés urbains « auto-installés », ils risquent d’être classés à tort dans la catégorie des migrants économiques. N’ayant pas le statut officiel de réfugié (sauf s’ils ont été enregistrés dans une installation), les réfugiés urbains manquent souvent d’assistance.

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Bien que les réfugiés en Ouganda soient économiquement diversifiés – une étude a même identifié plus de 70 types différents d’activités de subsistance par les réfugiés en Ouganda – pour beaucoup dans les colonies, l’agriculture de subsistance est leur principal moyen de subsistance. Mais, malgré la mise à disposition de parcelles de terre dans les camps, beaucoup n’ont pas assez de terres à cultiver et la qualité du sol est souvent faible. Cela signifie que, pour beaucoup, l’agriculture n’est plus un moyen de subsistance viable. Cela montre que les politiques libérales en faveur des réfugiés, comme celles qui encouragent l’autonomie en Ouganda, doivent être soutenues par des ressources adéquates si l’on veut qu’elles soient plus que des mots sur le papier.

En comparaison, les voisins de l’Ouganda, comme le Kenya et l’Éthiopie, ont traditionnellement été plus restrictifs. Le Kenya s’appuie sur un système de campement, où la plupart des réfugiés vivent dans des camps, et l’Éthiopie n’a que récemment étendu sa politique de sortie de camp à tous les réfugiés et demandeurs d’asile, bien que des lacunes réglementaires subsistent. Néanmoins, il est important de noter que ces deux pays sont des pays d’accueil majeurs pour les réfugiés. Ils accueillent bien plus de réfugiés que de nombreux pays occidentaux (et plus riches). Le Kenya accueille plus d’un demi-million de réfugiés, principalement originaires de Somalie et du Sud-Soudan. L’Éthiopie en accueille plus de 788 000 et est le troisième plus grand pays d’accueil de réfugiés en Afrique.

L’Ouganda gère-t-il efficacement sa communauté de réfugiés ?

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L' »efficacité » est un mot intéressant dans ce contexte. D’une part, l’Ouganda constitue une base importante en fournissant l’infrastructure juridique permettant à de nombreux réfugiés de mener une vie indépendante. Mais les réfugiés entrent également dans un contexte difficile : L’Ouganda peine à fournir des services adéquats à ses propres citoyens et le chômage est élevé. Il occupe l’un des plus bas classements au monde dans l’indice du capital humain.

En outre, l’élection présidentielle de 2021 a vu une augmentation des troubles politiques et sociaux qui ont conduit à la violation de droits tels que la liberté de réunion et d’expression pour les citoyens et autres résidents, y compris les réfugiés. Bien que de nombreux Ougandais aient accueilli les réfugiés, on entend de plus en plus parler de villes surchargées et de pressions sur les ressources, comme le bois de chauffage, dans certaines régions du pays.

La corruption de l’aide humanitaire est également un problème, le HCR Ouganda étant accusé d’avoir mal géré des dizaines de millions de dollars en 2016-2017. Cela illustre le besoin évident d’une gestion financière efficace afin que les réfugiés puissent réellement être aidés.

Il y a aussi une autre question importante, celle de la responsabilité. Malgré l’attention positive que la communauté internationale a accordée au pays, les fonds des donateurs n’ont pas souvent été à la hauteur des éloges. Si les écoles et les établissements de santé sont bondés, en partie à cause des réfugiés, la responsabilité de fournir un soutien supplémentaire ne devrait pas incomber uniquement à un pays accueillant des réfugiés comme l’Ouganda. Qui dit ressources limitées dit gestion limitée. En juin, le plan 2020-2021 de réponse aux réfugiés ougandais n’était financé qu’à hauteur de 22 %, ce qui laisse un manque à gagner de 596 millions de dollars pour couvrir tous les secteurs, de la protection à la sécurité alimentaire en passant par l’assainissement.

Est-il probable que l’Ouganda continue à jouer son rôle de principal pays d’accueil des réfugiés ?

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L’Ouganda s’est fermement engagé à accueillir des réfugiés depuis plus de 70 ans, soit depuis que la Convention de 1951 sur les réfugiés existe. Un esprit de panafricanisme et la compréhension directe du déplacement par de nombreux Ougandais ont contribué à sa volonté d’accueillir des réfugiés. Le fait qu’il ait récemment accueilli temporairement des réfugiés afghans indique qu’il souhaite poursuivre ce rôle.

Cela dit, aucun pays ne devrait accueillir de réfugiés sans un soutien international important. De nombreux plans de réponse aux réfugiés, comme celui de l’Ouganda, restent largement sous-financés alors même que les déplacements augmentent et que les défis – comme la pandémie de COVID-19 – demeurent. Même si l’Ouganda reçoit une somme d’argent importante, cela ne suffit pas pour faire face au nombre de personnes qui arrivent, comme l’a montré l’appel au financement lancé par les acteurs de la réponse aux réfugiés en juin de cette année.

Des mécanismes tels que le Cadre global d’intervention pour les réfugiés offrent un moyen de canaliser les ressources et d’accroître la collaboration en matière d’accueil des réfugiés. Mais il est important de se demander à quoi ressembleraient les déplacements en Afrique centrale, orientale et dans la Corne de l’Afrique si l’Ouganda fermait ses frontières. L’Ouganda fait un effort dans un voisinage où peu d’autres pays ont le même enthousiasme.

Article à l’honneur

Les réfugiés en milieu urbain sont confrontés à la faim du fait du confinement